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L'incorporation de la gestion du multilinguisme dans les entreprises de la Bidassoa pourrait accroître leur compétitivité et contribuer à la création d'un marché du travail unique des deux côtés de la frontière

10/07/2014

Afin d'analyser la situation réelle du multilinguisme dans les entreprises et la société de la Bidassoa et définir des axes de travail visant à encourager celui-ci dans le futur, une étude a été réalisée à laquelle ont participé plus de 125 entreprises, une vingtaine de dirigeants et presque une centaine d'étudiants en langues. Les résultats ont été présentés aujourd'hui à l'occasion d'une journée organisée au FICOBA

L'Association des Industries de la Langue au Pays basque (LANGUNE) a présenté aujourd'hui à l'occasion d'une journée d'information au FICOBA les résultats du projet : « Bidasoa: eskualde bat hiru hizkuntza / Bidassoa : une région, trois langues. Vers un programme de gestion multilingue », qui se propose d'encourager le multilinguisme dans cette zone pour accroître la compétitivité de ses entreprises, renforcer la cohésion sociale et donner lieu à un marché du travail unique et non divisé entre les deux côtés de la frontière.

À la journée ont participé des entreprises du secteur des industries de la langue du Pays basque, qui ont partagé des exemples pratiques d'organisations qui ont assumé la gestion du multilinguisme comme un outil de plus dans leur démarche d'amélioration compétitive. Ainsi, EMUN Aholkularitza et le directeur du Cluster de la Maison d'Euskadi ont souligné la valeur des langues locales dans un environnement multilingue. ELHUYAR Aholkularitza a présenté le travail en cours de réalisation avec Euskampus (entité née de la collaboration entre l'Université du Pays Basque UPV/EHU et l'Université de Bordeaux) pour un traitement approprié du multilinguisme, et enfin l'Académie des Langues ELDUAIEN a partagé avec les assistants les « petits détails » qui ne sont pas mentionnés dans une démarche d'internationalisation entrepreneuriale.

Le projet, financé par le Département Innovation, Développement Rural et Tourisme du Conseil général du Gipuzkoa, avec la collaboration de l'Agence de Développement de la Bidassoa – Bidassoa Active (Espagne), prévoyait la réalisation sur les 9 derniers mois d'un travail d'enquête auquel ont participé plus de 125 entreprises de Bidasoa Txingudi, une vingtaine de dirigeants et près d'une centaine d'étudiants en langues. Cette étude dessine le scénario actuel et propose une série de formules / recommandations de travail pour encourager à l'avenir le multilinguisme.

Fernando Alana, Directeur Général de LANGUNE, souligne que, chaque année, « un pourcentage significatif de PME européennes ratent des contrats à cause du manque de compétences linguistiques et interculturelles ». De son avis, le multilinguisme inhérent en Europe est plus important que jamais, étant donné que l’économie industrielle est devenue une économie de croissance, « le multilinguisme étant un aspect clé dans le cadre stratégique de l’entreprise ».

Ainsi, bien qu'au cours des vingt dernières années, de forts mouvements d'échange résidentiel du sud vers le nord (30% de la population d'Hendaye est espagnole) et commercial, du nord au sud, se soient consolidés, l'étude constate que « cette réalité n'a pas suscité de transparence professionnelle entre les deux versants de la frontière, qui continuent à fonctionner essentiellement comme deux marchés du travail différents ».

Le portrait obtenu confirme qu'en dépit du fait que les entreprises ont incorporé de façon limitée les dynamiques de gestion plurilingue et que la marge de rapprochement à couvrir par les agents de développement économique et de médiation sociale des deux côtés est encore très large, « la sensibilité et les dynamiques de relation générées entre les deux côtés de la ‘muga’ font de la zone de la Bidassoa un cadre de travail particulièrement favorable pour gagner le pari de la gestion du multilinguisme depuis l'entreprise et le domaine professionnel ».

Et pour gagner ce pari, LANGUNE souligne qu'il sera fondamental de :

  1. Optimiser l'expérience et les apprentissages cumulés dans les Plans d'Implantation du Basque. Autrement dit, il s'agit de tirer profit de l'apprentissage significatif préalable suscité par ces plans et de les rendre transposables pour implanter le multilinguisme dans les entreprises.
  2. Modifier le modèle d'apprentissage des langues en entreprise. Il ne s'agit pas d'apprendre des langues dans l'entreprise comme toute autre formation transversale. Il s'agit d'apprendre à utiliser les langues comme un outil pour occuper un poste de travail précis. Sur cette voie, la gestion des compétences linguistiques et l'apprentissage par compétences, en fonction du poste de travail, se présentent comme une démarche d'un grand intérêt. 
  3. Créer un nouveau cadre de financement et de soutien public pour l'apprentissage des langues en entreprise, adapté et performant. 
  4. Rapprocher les acteurs de la médiation sociale et de la dynamisation économique des deux côtés de la frontière pour ouvrir des espaces de collaboration.
  5. Tout ceci exige de sensibiliser les dirigeants d'entreprise, à partir de la connaissance et du transfert d'expériences favorables d'autres entreprises ayant déjà parcouru ce chemin.

Dans cette perspective, le scénario linguistique que présente la zone de la Bidassoa représente un ESPACE D'OPPORTUNITES :

  • Pour les entreprises ; pour avancer, depuis la gestion du multilinguisme, sur une voie d'amélioration compétitive dans un environnement global.
  • Pour la propre industrie de la langue, comme espace d'innovation et d'ouverture de nouvelles niches de marché. 
  • Pour le secteur public, en quête de mécanismes de soutien à l'apprentissage des langues plus efficaces et performants. 
  • Pour la propre population, qui peut ainsi améliorer ses chances d'emploi dans un environnement social à la fois plus pluriel et soudé.

QUELQUES RÉSULTATS CHIFFRÉS
Quelques chiffres tirés de l'étude réalisée :

  • 60% des entreprises ont des clients qui utilisent des langues autres que la dominante (espagnol et français, respectivement) : 71% dans le cas du commerce et 54% dans le cas de l'industrie.
  • 55% considèrent que les compétences linguistiques du personnel conditionnent l'accès à la clientèle extérieure. 36% dans le cas de l'industrie et 71% dans le cas du commerce.
  • L'importance accordée aux langues par les entreprises pour le développement de leur activité est la suivante :
    • Le français est le plus apprécié de façon générale dans tous les domaines : 2,4 sur une échelle de 1 à 3. L'anglais vient en deuxième position avec 1,7, bien que l'industrie l'apprécie plus que le commerce (1,9 face à 1,5). Le basque se situe au même niveau que l'anglais (1,6), bien que dans le commerce il soit beaucoup plus apprécié (1,8) que dans l'industrie (1,1).
    • Les étudiants en langues considèrent que la situation transfrontalière est porteuse de chances d'emploi plutôt que de menaces (plus de concurrence « de l'autre côté »). Cette situation contraste avec le manque de perméabilité du marché de travail entre les deux côtés de la Bidassoa ; avec la dynamique de recul du français et de l'espagnol par rapport à l'anglais ; et avec la propre avancée qu'a connue le basque. 
  • Dans le micro-sondage réalisé auprès d'étudiants en langues, l'anglais se présente à égalité, voire même avant le français, et le basque comme langue de communication avec l'autre côté de la muga. Et au moins 80% signalent n'avoir pas envisagé ou n'avoir jamais effectué de recherche d'emploi de « l'autre côté » par manque de compétences linguistiques pour cela ; de même, 60% déclarent rencontrer des difficultés linguistiques pour communiquer de l'autre côté de la frontière.
  • La gestion des compétences linguistiques au sein des organisations retombe dans 72% des cas sur la Direction. 36% des entreprises connaissent les compétences et les ont enregistrées ; 60% les connaissent mais ne les enregistrent pas. 
  • La voie sur laquelle mise l'entreprise pour améliorer les compétences linguistiques du personnel est la formation dans 23% des cas, l'embauche pour 10%, et les deux voies dans 65% des cas. Toutefois, seule une entreprise consultée sur quatre a assuré ces deux dernières années une formation en langues à ses salariés. La langue la plus proposée a été l'anglais (17%), suivie du français (13%) et du basque (1%).
  • Impact de la connaissance de langues sur l'activité professionnelle, qui est perçue par les salariés de façon définitivement favorable :
    • Pour sept étudiants en langues sur dix, leur faible maîtrise de langues étrangères porte préjudice à leur employabilité, et ce « gravement » dans la moitié des cas.
    • Pour un 53% des étudiants consultés, la connaissance de langues a facilité le décrochage d'un emploi, ou une promotion professionnelle, et pour 45%, cette connaissance a orienté leur activité professionnelle.
    • Toute démarche visant à faciliter l'apprentissage de langues est directement associée à l'amélioration de l'employabilité ou des chances de promotion professionnelle. La croyance qu'apprendre des langues améliore l'employabilité s'étend. Dans le cas de l'anglais, la somme de ceux qui affirment qu'il est très important ou assez important atteint 68% des cas, contre 72% pour le français et 77% pour le basque.

Photos: https://flic.kr/s/aHsjZxBcgV